Tropique de la violence

Auteur(s)

APPANAH NATHACHA

Editeur

GALLIMARD

Rayon

Littérature / Romans / Romans francophones
£20.65

Disponible sous 15 jours

    • Email
    • Imprimer
    • Facebook
    • Twitter
    Coup de coeur des libraires

    Tropique de la violence

    Mayotte, confettis français sur l’Océan indien, est un concentré des problèmes du monde : crise migratoire sans précédent, chômage endémique, désastre écologique, questions identitaires… « Là-bas aussi les enfants meurent sur les plages », mais si loin de l’Europe.

    Plus de trois mille « mineurs isolés » vivraient sur l’île. Ce vocabulaire administratif recouvre une réalité plurielle : enfants dont les parents sans papiers ont été expulsés, enfants abandonnés là par des parents espérant leur donner ainsi une chance de vie meilleure, enfants mahorais livrés à eux-mêmes… Que deviennent ces enfants perdus à l’adolescence ? Déscolarisés, désœuvrés, enrôlés de gré ou de force par les chefs de gangs, proies faciles pour les dealers, ils survivent dans le quartier défavorisé de Kaweni, que ses habitants appellent Gaza, le plus grand bidonville de France. C’est leur histoire que raconte Natacha Appanah dans ce roman bouleversant.

    Polyphonie mêlant la voix des vivants et des morts, construit comme une tragédie antique, Tropique de la violence donne la parole à cinq personnages. Marie, mère adoptive de Moïse ; Moïse, l’enfant sauvé des eaux, 15 ans ; Olivier, policier ; Bruce, 17 ans « chef de guerre », maître incontesté de Gaza ; Olivier, bénévole dans une ONG. Autour de la figure centrale de Moïse, chacun va raconter, dans la langue qui lui est propre, l’enchaînement implacable qui a conduit au drame. L’auteure – journaliste avant d’être écrivain – dit avoir préféré le romanesque car il « permet une sincérité et une vérité que ne permet pas l’article de journal ou l’essai ».

    Le choix d’une fiction à cinq voix lui laisse toute latitude pour donner un passé, des rêves, des doutes à chacun de ses personnages, sans porter de jugement. Le lecteur se retrouve au plus près de chacun, en empathie. Face à l’insupportable, l’imaginaire offre aussi un endroit où se réfugier, dans cette île où l’on croit aux fantômes et aux djinns, cette île paradoxale et magnifique où la beauté de la végétation tropicale, du lagon aux eaux « émeraude et opaline », côtoie l’extrême violence.

    En refermant ce court roman le souffle coupé, les yeux dessillés, nous ne pourrons plus dire « nous ne savions pas. »

    Véronique