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    Coup de coeur des libraires

    Le grand jeu

    Une femme s’installe, seule, en montagne, dans un abri qu’elle a conçu. C’est un projet réfléchi, pensé dans les moindres détails, rien d’une « tocade d’excentrique » : panneaux photovoltaïques, résine, fibre de verre, leds, elle a choisi des matériaux de pointe pour leur adaptation à un environnement extrême (un monde de grand froid et de grosses chaleurs, en altitude). Cette construction sophistiquée n’en évoque pas moins les cabanes de l’enfance, les maisonnettes des contes où se réfugier quand on est perdu dans la forêt. « C’est une belle planque », dit-elle.

    On retrouve aussi dans les occupations des premiers jours le goût de la robinsonnade : être seul et reconstruire un monde à sa mesure, explorer les alentours, pêcher, chasser, couper du bois, monter un mur, cultiver.

    Mais cette femme, la narratrice, en évoquant d’emblée son « tonneau » (l’abri est cylindrique), tel Diogène, se place aussi du côté des philosophes. Elle écrit, remplissant des cahiers où elle consigne les tâches quotidiennes nécessaires à sa survie, le récit de ses courses en montagne. Et tout le récit très concret de ses journées se double d’un questionnement existentiel, d’une réflexion sur cette mise à l’épreuve volontaire, cette solitude choisie. Le corps et les liens qu’il entretient avec l’esprit sont au cœur du roman.

    Mais très tôt dans le récit, elle qui s’est préparée à tout, qui s’est « entraînée » va se retrouver face à l’inattendu : elle n’est pas seule, quelqu’un l’a précédée dans ces paysages sauvages qui semblaient n’être habités que par des marmottes, des isards et des oiseaux.

    Le passé de la narratrice restera dans l’ombre, et toutes les clés de cette histoire à la fois très physique et cérébrale ne nous seront pas données. A la fin de ce roman intrigant et singulier, nous chercherons comme elle des réponses à nos questions.

    Véronique