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    Coup de coeur des libraires

    Crue

    Philippe Forest a perdu sa fille, à 4 ans, d’un cancer. Ce deuil est au cœur de son œuvre, c’est le thème même de son premier roman, L’Enfant éternel, et on le retrouve dans celui-ci, où le narrateur a comme lui vu mourir son enfant. Crue se passe en Europe, dans une ville jamais nommée, qui ressemble à Paris, et dans un futur proche. Le narrateur revient s’installer dans le quartier où il a vécu et dès le début du récit, un climat étrange s’installe, à la lisière du roman d’anticipation, dans une ville désertée et marquée par des disparitions, qui semblent d’abord anodines – celle d’un chat par exemple – mais qui seront vues après coup comme les signes avant-coureurs de la catastrophe à venir. Le narrateur met en garde : il se doute qu’il ne sera pas cru et qu’on lira son récit comme une fable. D’ailleurs lui-même s’interroge : « J’étais fou, certainement. Mais il n’y a rien de plus commun que la folie ». Et le « crue » du titre peut être interprété dans toute sa polysémie : participe du verbe croire, montée des eaux – catastrophe annoncée – vérité crue, nue. L’atmosphère du roman reste énigmatique et troublante : « Rien n’est plus irréel que la réalité elle-même », « L’épanchement du songe dans la vie réelle ». L’écoulement du temps, la disparition, la mémoire et la solitude sont au cœur de ce récit poignant et d’une extrême nostalgie.

    Véronique