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Classement par ordre alphabétique de nom d'auteur

Un certain mois d'avril à Adana,
de Daniel Arsand

Daniel Arsand retrace les premiers massacres qui ont frappé les Arméniens, en avril 1909 à Adana, au sud de la Turquie. Qui aurait pu prévoir que des massacres ravageraient cette terre? Que la folie saisirait le parti Union et Progrès? Aucune union en vérité, aucun progrès. Il y a là des amis, des familles, des bergers, le poète Diran Mélikian, Atom Papazian le joaillier, Vahan le révolutionnaire. Ils assistent à la montée de la haine et de l'intolérance. Certains prient, d'autres prennent les armes et combattent. La mort frappera la plupart, l'exil sera le lot de certains. C'est toute la puissance du roman de Daniel Arsand de réinventer une ville et d'évoquer le destin d'un peuple. Un roman splendide et déchirant.

 

So shocking!, d'Alan Bennett

Mrs Donaldson et Mrs Forbes ont la cinquantaine. Mariées et mères de famille, elles sont ce que l'on pourrait appeler des "femmes respectables" de la middle-class anglaise. La première, vieille dame effacée que le veuvage vient de libérer d'un mariage trop ordinaire, s'apprête à goûter à la solitude altière et digne à laquelle son nouveau statut la prédispose. La seconde, matrone surprotectrice, a des idées bien arrêtées sur tout, et voit d'un oeil critique les noces de son fils Graham, conseiller bancaire séduisant et passablement narcissique, avec la disgracieuse Betty.
Mais voilà qu'un souffle libertin vient bousculer ce havre de respectabilité petit-bourgeois. Mrs Donaldson devient la logeuse de deux étudiants en médecine qui, en fait de loyer, offrent leurs ébats sexuels à ses regards voyeuristes. Quant à Mrs Forbes, il faut toute la ruse de son entourage pour lui camoufler les frasques de son fils, homosexuel non avoué, qui assouvit ses pulsions en louant les services d'un prostitué.
Fantaisie impertinente sur une libération sexuelle tardive et farce familiale se mêlent ici pour un régal de lecture impudique et subversive.

Limonov, d'Emmanuel Carrère

« Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

 

Les Merveilles, de Claire Castillon

Evelyne est cynique, moqueuse, et drôle. Elle a treize ans, des parents qu'elle méprise, un frère qu'elle "sadise", et un chien, Lulu, qu'elle chérit. Un jour, son père mutile Lulu sous ses yeux, et sa vie bascule. C'est un 1er Mai : muguet, clochettes.
Désormais, Evelyne héberge des carillons dans sa tête. Il leur arrivera de s'exprimer à sa place, en toute légitime violence. Ensuite, elle tape sur sa mère à coups de marteau, couche avec Joe Vandaire, un ami de ses parents, est exclue du lycée, devient strip-teaseuse, et puis Lulu meurt. Alors Evelyne s'en va. Elle s'installe avec Luiggi le pizzaïolo, qui lui fait un enfant. Une vie presque normale. Mais la semaine, au lieu d'aller à l'usine faire le ménage, Evelyne est escort-girl en secret.
A force de rencontrer des "clients distingués", elle commence à sentir "la possibilité de l'épaisseur des gens". Et puis Daniel entre dans sa vie : "Il a plus d'idée qu'un génie à deux têtes. Il me les partage, ça me consolide". Côtoyer l'intelligence, ça la grise, mais Daniel parle trop, trop, trop, il est narcissique et égocentrique, Evelyne se lasse, elle le quitte, il s'accroche et pleurniche. Elle le poignarde. "C'est facile pour personne d'apprivoiser sa cellule".

Grand prix du Roman de l'Académie française
Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon

« Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence. »

 

 

Du temps qu'on existait, de Marien Defalvard

Cela commence par un enterrement. Cela finit par un enterrement. Entre les deux deux, le mort raconte sa vie. Et quel enchantement ! Des années 1970 à nos jours, toute son entreprise va précisément consister à esquiver la vie et ses contraintes. Et ce jeune, puis moins jeune, puis vieux fils de famille va de maison en maison, de campagne en ville, et d'une ville dans une autre ville, véritable gitan de luxe qui promènera à travers la France sa grande intelligence offusquée par la vulgarité des temps. Mélancolique et satirique, virtuose et touchant, voici l'éblouissant premier roman d'un jeune homme qui semble avoir mille ans.

 

Les souvenirs, de David Foenkinos

Quel plus beau sujet pour un livre que l’amour porté à ses proches? David Foenkinos raconte: la mort du grand père, le désemparement de la grand-mère, le père qui n’a jamais très bien assumé son rôle (ni de père ni de fils), la mère qui ne sait plus vraiment quoi faire de ses jours une fois la retraite arrivée, et puis la rencontre avec l’amour, enfin.
Encore tout jeune et désireux de réunir toutes les conditions nécessaires pour "faire" artiste, David Foenkinos prend un emploi de réceptionniste de nuit dans un hôtel parisien, et rêve de longues nuits blanches penché sur la page. Finalement ce sont les client(e)s qui occuperont ses pensées, jusqu’au jour où la fugue organisée de sa grand-mère remettra tout son équilibre en question. Bien des années plus tard, la vie lui aura offert assez d’aventures et d'amertume pour qu’il devienne le romancier talentueux que l’on connaît : qu’il s’agisse de personnages de fiction ou de sa famille, on est séduit par les petits détails qui magnifient leur quotidien.
Tout aussi enchanteur que La délicatesse, son précédent roman, Les souvenirs est un livre qui touche par sa justesse dans l’évocation des sentiments, alliant romantisme, humour et naïveté à la perfection.

Veuf, de Jean-Louis Fournier

Grand ami de Desproges, Jean-Louis Fournier trouve toujours le ton juste et emploie l’humour pour les situations les plus tristes. Après nous avoir conté avec drôlerie la difficulté d’être père d’enfants handicapés, c’est avec la même ironie qu’il nous parle aujourd’hui de la mort de sa femme. Elle qui était tout, lui qui voulait partir le premier, tout ça se résume sur la 4e de couverture par « cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble ». Et c’est bien ça qui manque : les petits riens, le quotidien… Ce livre est une grande déclaration d'amour, de celles que l'on fait un peu trop tard sûrement, mais qui rendent hommage au bonheur partagé et disparu.

 

 

Une femme fuyant l'annonce,
de David Grossman

Ora a deux fils, qui ont chacun donné 3 ans de leur vie pour l'armée d'Israël. Le jour où le cadet, Ofer, doit être démobilisé, il repart pour une opération “spéciale”de grande envergure... et Ora craque. La hantise de perdre son fils la submerge et une pensée s'empare d'elle, sans qu'elle puisse s'en défaire: si elle n'est pas chez elle quand les messagers de la mort sonneront à sa porte, cela signifie qu'Ofer sera toujours vivant. Pour se/le protéger, elle s'enfuit aux côtés de son ami d'enfance, Avram, lui même lourdement stigmatisé par les tortures qui lui ont été infligées lors de la guerre avec l'Égypte. Sans véritable but, poussée par le besoin impérieux d'avancer, de rester toujours en mouvement, pour qu'on ne puisse pas la trouver, Ora raconte ses enfants, la force dont elle a du faire preuve tout au long de sa vie, sa solitude de femme et sa tristesse de n'avoir pu sauver aucun des hommes qu'elle a aimé: son mari Ilan, ses deux fils Adam et Ofer, et enfin Avram lui-même. Peu à peu les deux amis renoue le lien qui s'était rompu des années plus tôt, et comprennent que seule la mémoire pourra sauver ceux qu'ils aiment. D'une beauté simple et rare, le grand voyage d'Ora sous la conduite de David Grossman est un récit puissant, ponctué d'anecdotes qui symbolisent toute la richesse et la difficulté de vivre. Magnifique.

Les enfants des cornacs, de Peter Hoeg

Sur l’île merveilleuse et fictive de Finø, au Danemark, Peter et sa sœur Tilte subissent les frasques de leurs parents. Après une première affaire qui a passablement entamé la réputation de la famille, dans laquelle le Pasteur et sa femme (à la fois organiste et consultante en travaux agricoles) se sont vus accusés d’escroquerie, voici qu’ils ont tout bonnement disparu.
Comme les hauts responsables de Finø sont déjà persuadés de la démence des parents, les enfants sont placés sous surveillance rapprochée alors même qu’ils étaient en visite à Copenhague, bien loin d’envisager la possibilité que leurs parents ne soient pas en vacances en Espagne comme ils l’avaient dit en partant. Mais Tilte, la grande sœur, qui est de l’avis de son frère Peter une « personne spéciale », et dont l’aura et les paroles sages impressionnent tout son entourage, ne se laisse pas emprisonner aussi facilement.
Avec plus d’un tour dans son sac, elle réussit à déjouer l’attention de leurs geôliers, et entraîne son frère à la rechercher de leurs parents, dont ils ne vont pas tarder à percer le mystère… Une aventure plein de charme et d’humour aux côtés de ces deux adolescents rusés !

Claustria, de Régis Jauffret

Pour son dernier roman, Régis Jauffret s'est inspiré de l'affaire Fritzl, celle qui avait défrayé la chronique en 2008 lorsque le calvaire de sa fille et des sept enfants qu'ils avaient eu ensemble a été découvert. Séquestrée et violée pendant plus de vingt ans, son histoire n'est que trop réelle.
Il fallait toute la retenue de ce romancier hors pair pour ne pas tomber dans le voyeurisme en écrivant autour de ce drame sordide. Car ce qui intéresse avant tout Régis Jauffret, c'est de sonder ce qui se dissimule sous les apparences, de décrypter les relations entre le bourreau et la victime, et de dévoiler ce quíl y a de plus noir en chacun de nous.

 

 

L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni

« J'allais mal; tout va mal; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue. »

Du domaine des murmures,
de Carole Martinez

Dans une France de chevaliers et de châteaux (XIIe siècle), Esclarmonde, fille du seigneur du Domaine des Murmures, refuse devant l’autel le mariage qui lui était imposé. 
Esclarmonde a 15 ans, dit n'appartenir qu'à Dieu, et aucune volonté terrestre ne l’éloignera de son divin épousé. Elle exige que lui soit construite une cellule, attenante à la chapelle du château, où elle sera emmurée vivante.
L’humiliation infligée à son père - jusque-là un homme ayant démontré un amour tendre à sa fille, fait peu commun pour l’époque -, ainsi qu’au fiance congédié - un homme fort et beau connu pour arracher la vertu des promeneuses inconscientes - est cuisante.
Ainsi retirée du monde des vivants, drapée dans son aura de sainteté, Esclarmonde se trouve à la frontière de celui des morts. Très vite son nouveau statut lui confère un pouvoir qu’elle n’avait pas envisagé. Mais à celle qui devait vivre enterrée, la vie ne manquera pas de se rappeler.

Carole Martinez, qui nous avait enchantés avec Le Coeur Cousu, reprend les thèmes qu’elle avait déjà  abordés (la filiation, la maternité) transposés dans un univers extrême de guerres et de croyances. Nous n’en sommes pas moins séduits, transportés, alors même que son héroïne se trouve prisonnière de murs de pierres, dans un éblouissant voyage immobile.  

Les mille automnes de Jacob de Zoet,
de David Mitchell

1799. Le port japonais de Dejima, près de Nagasaki, est la base d'échanges de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Jacob de Zoet, jeune clerc ambitieux, y est envoyé pour redresser les finances troubles de la Compagnie. Cependant, il est vite désemparé face à la corruption ambiante.
Il croit trouver refuge auprès d'Orito, une japonaise au visage partiellement brûlé. Mais Orito est enlevée puis emprisonnée dans le mystérieux temple Shiranui, dirigé par l'abbé Enomoto. Il garde captives douze femmes dont il fait ses esclaves sexuelles. Uzaemon, interprète de Jacob lui aussi épris d'Orito, part à la recherche de la jeune femme avec deux samouraïs.
David Mitchell continue de déployer sa puissance romanesque avec ce récit d'aventures au rythme haletant, qui est aussi une magnifique histoire d'amour.

1Q84 (livres 1 et 2), d'Haruki Murakami

D'interrogation en rebondissement, de flash-back en hésitation morale, d'épisode sexuel en scène de violence, histoire des aventures et des amours d'Aomamé et de Tengo vécues d'avril à septembre 1984. A moins qu'il ne s'agisse de l'année 1Q84 dans un Japon parallèle ? Ou bien les deux à la fois ?

Des vies d'oiseaux, de Véronique Ovaldé

Le lieutenant Taïbo est appelé un matin pour enquêter sur un cas étrange: on a cambriolé la villa de Vida et son mari Gustavo, mais rien n’a été volé. Le cas se reproduit de-ci de-là, jusqu’à l’apothéose chez le bijoutier de la ville, où l’on a mélangé toutes les commandes et dépareillé les boîtes. Pourrait-il y avoir un lien avec la fille de Vida, dont elle est sans nouvelles depuis sa fuite au bras d’un mauvais garçon beau comme un dieu ? Pour les retrouver, il faudra sillonner les routes jusqu’au tréfonds d’une Amérique latine imaginaire, paysage cher à Véronique Ovaldé, qui sait si bien raconter les mœurs abracadabrantes des brigands de là-bas. Et c’est sur ces routes que Vida retrouvera sa jeunesse, abandonnant son cœur revigoré au lieutenant Taïbo…

 

Cadix ou la diagonale du fou,
d'Arturo Pérez-Reverte

Alors que l'Espagne lutte contre l'occupation des armées napoléoniennes, en 1811, des jeunes filles sont brutalement assassinées à coups de fouet, à l'endroit exact où tombent les bombes françaises.
Ces meurtres tracent sur la ville une carte sinistre, un échiquier sur lequel la main d’un joueur invisible semble déplacer ses pions, scellant le destin des personnages. Perez-Reverte signe une reproduction de la vie de l'époque saisissante, depuis le siège de la ville jusqu'aux coutumes alors observées, rendant ce roman absolument passionnant et étonnamment réaliste. Avec d'un côté les assassinats et de l'autre les batailles armées, il semble que le danger ne vienne pas toujours de là où on l'attend... Et ce sera au lecteur de ne pas se perdre dans la diagonale du fou! Peut-être le plus ambitieux de ses livres, Perez-Reverte réussi avec ce nouvel opus à réunir les éléments des romans policier, d'aventure et historique, tout en brossant le portrait d'une femme indépendante, au destin hors du commun.

Un été sur le magnifique, de Patrice Pluyette

Soyez prévenus, tout est fou dans ce livre. Hercule est l’homme parfait, "belle âme, belle gueule, ne se la ramène pas", il aime labourer ses champs du matin au soir et prendre des douches nu dans la forêt. Le jour où Angélique le surprend, elle tombe éperdument amoureuse, et cette rencontre ouvre la porte à la découverte de plaisirs sans limite. Jusqu’à l’enlisement, inéluctable, puisque Hercule s’appelle en fait Jean-Claude, et qu’il aime les grandes croisières ennuyeuses sur le bateau "Le Magnifique". Patrice Pluyette s’amuse à chaque phrase, prend des libertés de style réjouissantes, et nous régale une nouvelle fois d’une histoire sans queue ni tête mais brillamment menée. Un roman d’une allégresse rare, qui comblera les lecteurs les plus fantasques!

 

Mr. Peanut, d'Adam Ross

David rêve de tuer sa femme. Non pas qu'il veuille passer à l'acte, puisqu'il l'aime de tout son cœur, mais enfin il n'y peut rien, quand il s'endort il la tue régulièrement. Jusqu'au jour où elle meurt, “pour de vrai”, d'une allergie sérieuse aux cacahuètes.
L'inspecteur Sheppard est confus: meurtre ou suicide? Pour démêler le vrai du faux, il faudra comprendre le problème de poids d'Alice, qui passe de 130kg à 50kg à peine, et disséquer les autres couples en parallèle (la femme de l'inspecteur Hastroll refuse de quitter son lit depuis 5 mois, et l'inspecteur Sheppard est jugé responsable de la mort de sa femme enceinte). Sur un ton faussement léger emprunt d'humour noir, Adam Ross nous plonge au cœur de la mécanique du couple, et réveille en nous quelques cauchemars subconscients...

Là est la danse, d'Amy Sackville

Pour son premier roman, Amy Sackville nous prend par la main et nous emmène sur les traces de l’explorateur du Grand Nord, Edward Mackley et de son amour resté au pays, Emily. En suivant leurs pas, on rencontre Julia, une descendante d’Edward, qui vit entourée des souvenirs d’une autre époque et qui tente de reconstruire, à travers les journaux intimes, les ours blancs empaillés et autres matériels d’exploration, le destin tragique et magique de ce couple. Une histoire de vie, par le quotidien de Julia, une histoire d’amour, par l’attente désespérée d’une épouse restée à terre et surtout une fabuleuse histoire d’aventure, par l’audace d’Edward Mackley coincé avec son équipage dans les glaces et dans un hiver de plusieurs mois mais qui, pourtant, ne perd jamais espoir.

 

Le pacte des vierges,
de Vanessa Schneider

Ce livre, c’est l’histoire vraie de 17 adolescentes qui se retrouvent enceintes dans le même lycée, au même moment.
Hasard ? Préméditation ?
Vanessa Schneider va tenter d’élucider ce mystère. Le pacte des vierges se construit par une série d’entretiens croisés, où la parole est donnée aux adolescentes. Les jeunes filles parlent de tout et de rien en toute liberté puis finissent par se livrer… sans s’en rendre compte.
On découvre ainsi Lana, dans son rôle de chef de bande, Kylie sur sa planète people, Cindy et son histoire d’amour, Sue dans sa famille de bons chrétiens… Avec le dévoilement de leurs personnalités propres, on entrevoit, entre les lignes, les secrets qu’elles voulaient pourtant conserver « à la vie, à la mort ». L’auteur nous entraîne alors dans un portrait de notre société qui fait froid dans le dos.

L'appât, de José Carlos Somoza

Et si toutes les clefs du fonctionnement de l’être humain se trouvaient dans l’œuvre de Shakespeare ? C’est en tout cas ce qu’en concluent l’Europe et l’Espagne après les attentats du 9 novembre, qui donnent suite à une restructuration totale de la société et du système judiciaire. Pour poursuivre les « psychopathes » et punir leur crime, on a désormais recours au plus puissant des appâts : les femmes. Mais Diana Blanco, la meilleure d’entre elle, se retrouve dans une position bien inconfortable quand elle découvre que la future victime à sauver n’est autre que sa sœur…
Entre polar, roman d’anticipation et théâtre (le livre est divisé en actes), le roman de Somoza est une merveille littéraire !

 

 

Prix Interallié 2011
Tout, tout de suite de Morgan Sportès

Morgan Sportès revient sur un drame survenu en 2006: l’enlèvement d’Elie, 23 ans, par ceux que les médias ont baptisés "le gang des barbares". L’auteur rapporte - avec une précision et un style proche du rapport policier - les étapes ayant menées à la mort d’Elie. La découverte de son corps eu lieu le 13 février: après 24 jours de séquestration, le jeune homme est laissé mourant sur les bords d’une ligne de RER.
L’histoire est compliquée, bien sûr. Beaucoup de protagonistes entrent en jeu, tous sont manipulés, attirés par l’argent et terrorisés par les menaces de représailles sur eux ou leurs familles. La plupart ne semblent pas vraiment réaliser l’horreur de la situation et l’importance de leur implication.
On sort de ce "roman" horrifié et atterré, tant les faits rapportés sont insupportables à lire. Morgan Sportes réussit indéniablement son pari: il est impossible pour le lecteur de rester de marbre.

Sollicciano, d'Ingrid Thobois

Quel est le lien entre Norma-Jean et ce prisonnier qu'elle visite sans faute tous les jeudis? Comment en est-il arrivé à commettre le crime pour lequel il est enfermé?
Ingrid Thobois dénoue peu à peu les fils de son intrique grâce à une construction subtile. Un très beau roman sur les thèmes de la folie et de l'amour.

 

 

 

 

Le rêve du Celte, de Mario Vargas Llosa

Le thème central de ce roman, conduit au rythme haletant des expéditions et des rencontres du protagoniste, est la dénonciation de la monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme dans les forêts du Congo, alors propriété privée du roi Léopold II de Belgique, et dans l'Amazonie péruvienne, chasse gardée des comptoirs britanniques jusqu'au début du XXe siècle.
Personnage controversé, intransigeant, auteur d'un célèbre rapport sur l'Afrique qui porte son nom, l'aventurier et révolutionnaire irlandais Roger Casement découvre au fil de ses voyages l'injustice sociale mais également les méfaits du colonialisme. Au rêve d'un monde sans colonies qui guidera son combat, viendra ainsi s'ajouter celui d'une Irlande indépendante.
Mario Vargas Llosa exhume ici une fascinante figure historique et la replace brillamment dans son époque et dans la trame unique de son destin. Mais en même temps, il nous invite à réfléchir sur des sujets strictement contemporains comme le nationalisme, l'homophobie ou les séquelles du colonialisme européen en Afrique et en Amérique latine.

Rien ne s'oppose à la nuit,
de Delphine de Vigan

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.