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Prix des libraires 2012
Dernière sélection
Fureur de Chochana Boukhobza
Léna de Virginie Deloffre
Les souvenirs de David Foenkinos
Pas d'inquiétude de Brigitte Giraud
Opium poppy d’Hubert Haddad
Eléctrico W d’Hervé Le Tellier
Avant de disparaître de Xabi Molia
Le système Victoria d’Eric Reinhardt
Grand Prix RTL-Lire 2012
Dernière sélection
Claustria de Régis Jauffret
En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle
Il faudrait s'arracher le coeur de Dominique Fabre
Le chapeau de Mitterand de Antoine Laurain
Les séparées de Kéthévane Davrichewy
Lauréats 2011
Prix Goncourt des lycéens
Du domaine des murmures de Carole Martinez
Dans une France de chevaliers et de châteaux (XIIe siècle), Esclarmonde, fille du seigneur du Domaine des Murmures, refuse devant l’autel le mariage qui lui était imposé.
Esclarmonde a 15 ans, dit n'appartenir qu'à Dieu, et aucune volonté terrestre ne l’éloignera de son divin épousé. Elle exige que lui soit construite une cellule, attenante à la chapelle du château, où elle sera emmurée vivante.
L’humiliation infligée à son père - jusque-là un homme ayant démontré un amour tendre à sa fille, fait peu commun pour l’époque -, ainsi qu’au fiance congédié - un homme fort et beau connu pour arracher la vertu des promeneuses inconscientes - est cuisante.
Ainsi retirée du monde des vivants, drapée dans son aura de sainteté, Esclarmonde se trouve à la frontière de celui des morts. Très vite son nouveau statut lui confère un pouvoir qu’elle n’avait pas envisagé. Mais à celle qui devait vivre enterrée, la vie ne manquera pas de se rappeler.
Carole Martinez, qui nous avait enchantés avec Le Coeur Cousu, reprend les thèmes qu’elle avait déjà abordés (la filiation, la maternité) transposés dans un univers extrême de guerres et de croyances. Nous n’en sommes pas moins séduits, transportés, alors même que son héroïne se trouve prisonnière de murs de pierres, dans un éblouissant voyage immobile.
Prix Renaudot des lycéens
Rien ne s'oppose à la nuit,
de Delphine de Vigan
« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »
Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.
Grand prix du Roman de l'Académie française
Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon
« Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence. »
Prix Interallié 2011
Tout, tout de suite
de Morgan Sportès
Morgan Sportès revient sur un drame survenu en 2006: l’enlèvement d’Elie, 23 ans, par ceux que les médias ont baptisés "le gang des barbares".
L’auteur rapporte - avec une précision et un style proche du rapport policier - les étapes ayant menées à la mort d’Elie. La découverte de son corps eu lieu le 13 février: après 24 jours de séquestration, le jeune homme est laissé mourant sur les bords d’une ligne de RER.
L’histoire est compliquée, bien sûr. Beaucoup de protagonistes entrent en jeu, tous sont manipulés, attirés par l’argent et terrorisés par les menaces de représailles sur eux ou leurs familles. La plupart ne semblent pas vraiment réaliser l’horreur de la situation et l’importance de leur implication.
On sort de ce "roman" horrifié et atterré, tant les faits rapportés sont insupportables à lire.
Morgan Sportes réussit indéniablement son pari: il est impossible pour le lecteur de rester de marbre.
Prix des lectrices ELLE
La couleur des sentiments de Kathryn Stockett
Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.
Prix Goncourt 2011
L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni
« J'allais mal; tout va mal; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue. »
Prix Renaudot 2011
Limonov, d'Emmanuel Carrère
« Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »
Prix Femina 2011
Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati
Simon Liberati ressuscite Jayne Mansfield, l'actrice méconnue la plus photographiée au monde, fouille amoureusement dans les recoins les plus ténébreux de sa vie, retrace ses dernières heures en plein été hippie, qui disent aussi le crépuscule de l'âge d'or hollywoodien. Au programme : perruques-pouf, LSD 26, satanisme, chihuahuas, amants cogneurs, vie desaxée, mort à la James Dean, cinq enfants orphelins et saut de l'ange dans l'underground. Une oraison funèbre et morbid chic dans la droite ligne de Truman Capote et Kenneth Anger.
Dire son nom de Francisco Goldman
En 2005, le romancier Francisco Goldman épouse la jeune et brillante Aura Estrada. Un mois avant leur second anniversaire de mariage, Aura se brise la nuque en faisant du bodysurf sur la côte mexicaine. Francisco, rongé par la culpabilité et le chagrin, commence à écrire Dire son nom, un roman qui se présente comme la chronique de son amour pour Aura et de cette perte insurmontable. Désireux de garder vivant son souvenir, Francisco rassemble tout ce qui a un rapport avec elle. Il nous fait découvrir l'attachante singularité de leur couple et redonne vie à Aura - une jeune femme pleine d'esprit et d'énergie, lumineuse et exubérante. Francisco Goldman a su créer le portrait vivant et drôle d'un amour aussi joyeux et léger qu'il est profond et intense.
Prix Medicis 2011
Ce qu'aimer veut dire de Mathieu Lindon
Dans ce récit Mathieu Lindon rend hommage à Michel Foucault, au professeur de liberté, à l'ami généreux qu'il fut. Et par la grâce du talent évocateur de l'auteur ce sont six années de sa jeunesse qu'il nous restitue, éclairées par cette amitié. Parallèlement à la figure de Michel Foucault est aussi tracée celle de Jérôme Lindon, le père. Et de Samuel Beckett le bienveillant, et de Robbe-Grillet, Hervé Guibert, tant d'autres anonymes ou connus. Mais si l'intérêt historique de ces pages est évident, elles sont plus encore marquées par un regard d'une profonde innocence sur les hommes, les ambitions, les mouvements du coeur, la jeunesse, la filiation, l'amitié.
Une femme fuyant l'annonce,
de David Grossman
Ora a deux fils, qui ont chacun donné 3 ans de leur vie pour l'armée d'Israël. Le jour où le cadet, Ofer, doit être démobilisé, il repart pour une opération “spéciale”de grande envergure... et Ora craque. La hantise de perdre son fils la submerge et une pensée s'empare d'elle, sans qu'elle puisse s'en défaire: si elle n'est pas chez elle quand les messagers de la mort sonneront à sa porte, cela signifie qu'Ofer sera toujours vivant. Pour se/le protéger, elle s'enfuit aux côtés de son ami d'enfance, Avram, lui même lourdement stigmatisé par les tortures qui lui ont été infligées lors de la guerre avec l'Égypte.
Sans véritable but, poussée par le besoin impérieux d'avancer, de rester toujours en mouvement, pour qu'on ne puisse pas la trouver, Ora raconte ses enfants, la force dont elle a du faire preuve tout au long de sa vie, sa solitude de femme et sa tristesse de n'avoir pu sauver aucun des hommes qu'elle a aimé: son mari Ilan, ses deux fils Adam et Ofer, et enfin Avram lui-même.
Peu à peu les deux amis renoue le lien qui s'était rompu des années plus tôt, et comprennent que seule la mémoire pourra sauver ceux qu'ils aiment.
D'une beauté simple et rare, le grand voyage d'Ora sous la conduite de David Grossman est un récit puissant, ponctué d'anecdotes qui symbolisent toute la richesse et la difficulté de vivre. Magnifique.
Prix de Flore 2011
Du temps qu'on existait
de Marien Defalvard
Cela commence par un enterrement. Cela finit par un enterrement. Entre les deux deux, le mort raconte sa vie. Et quel enchantement ! Des années 1970 à nos jours, toute son entreprise va précisément consister à esquiver la vie et ses contraintes. Et ce jeune, puis moins jeune, puis vieux fils de famille va de maison en maison, de campagne en ville, et d'une ville dans une autre ville, véritable gitan de luxe qui promènera à travers la France sa grande intelligence offusquée par la vulgarité des temps. Mélancolique et satirique, virtuose et touchant, voici l'éblouissant premier roman d'un jeune homme qui semble avoir mille ans.
