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Cadix ou la diagonale du fou,
d'Arturo Pérez-Reverte
Alors que l'Espagne lutte contre l'occupation des armées napoléoniennes, en 1811, des jeunes filles sont brutalement assassinées à coups de fouet, à l'endroit exact où tombent les bombes françaises.
Ces meurtres tracent sur la ville une carte sinistre, un échiquier sur lequel la main d’un joueur invisible semble déplacer ses pions, scellant le destin des personnages. Perez-Reverte signe une reproduction de la vie de l'époque saisissante, depuis le siège de la ville jusqu'aux coutumes alors observées, rendant ce roman absolument passionnant et étonnamment réaliste. Avec d'un côté les assassinats et de l'autre les batailles armées, il semble que le danger ne vienne pas toujours de là où on l'attend... Et ce sera au lecteur de ne pas se perdre dans la diagonale du fou! Peut-être le plus ambitieux de ses livres, Perez-Reverte réussi avec ce nouvel opus à réunir les éléments des romans policier, d'aventure et historique, tout en brossant le portrait d'une femme indépendante, au destin hors du commun.
Une femme fuyant l'annonce,
de David Grossman
Ora a deux fils, qui ont chacun donné 3 ans de leur vie pour l'armée d'Israël. Le jour où le cadet, Ofer, doit être démobilisé, il repart pour une opération “spéciale”de grande envergure... et Ora craque. La hantise de perdre son fils la submerge et une pensée s'empare d'elle, sans qu'elle puisse s'en défaire: si elle n'est pas chez elle quand les messagers de la mort sonneront à sa porte, cela signifie qu'Ofer sera toujours vivant. Pour se/le protéger, elle s'enfuit aux côtés de son ami d'enfance, Avram, lui même lourdement stigmatisé par les tortures qui lui ont été infligées lors de la guerre avec l'Égypte.
Sans véritable but, poussée par le besoin impérieux d'avancer, de rester toujours en mouvement, pour qu'on ne puisse pas la trouver, Ora raconte ses enfants, la force dont elle a du faire preuve tout au long de sa vie, sa solitude de femme et sa tristesse de n'avoir pu sauver aucun des hommes qu'elle a aimé: son mari Ilan, ses deux fils Adam et Ofer, et enfin Avram lui-même.
Peu à peu les deux amis renoue le lien qui s'était rompu des années plus tôt, et comprennent que seule la mémoire pourra sauver ceux qu'ils aiment.
D'une beauté simple et rare, le grand voyage d'Ora sous la conduite de David Grossman est un récit puissant, ponctué d'anecdotes qui symbolisent toute la richesse et la difficulté de vivre. Magnifique.
Grand prix du Roman de l'Académie française
Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon
« Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence. »
Le rêve du Celte, de Mario Vargas Llosa
Le thème central de ce roman, conduit au rythme haletant des expéditions et des rencontres du protagoniste, est la dénonciation de la monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme dans les forêts du Congo, alors propriété privée du roi Léopold II de Belgique, et dans l'Amazonie péruvienne, chasse gardée des comptoirs britanniques jusqu'au début du XXe siècle.
Personnage controversé, intransigeant, auteur d'un célèbre rapport sur l'Afrique qui porte son nom, l'aventurier et révolutionnaire irlandais Roger Casement découvre au fil de ses voyages l'injustice sociale mais également les méfaits du colonialisme. Au rêve d'un monde sans colonies qui guidera son combat, viendra ainsi s'ajouter celui d'une Irlande indépendante.
Mario Vargas Llosa exhume ici une fascinante figure historique et la replace brillamment dans son époque et dans la trame unique de son destin. Mais en même temps, il nous invite à réfléchir sur des sujets strictement contemporains comme le nationalisme, l'homophobie ou les séquelles du colonialisme européen en Afrique et en Amérique latine.
Un certain mois d'avril à Adana,
de Daniel Arsand
Daniel Arsand retrace les premiers massacres qui ont frappé les Arméniens, en avril 1909 à Adana, au sud de la Turquie. Qui aurait pu prévoir que des massacres ravageraient cette terre? Que la folie saisirait le parti Union et Progrès? Aucune union en vérité, aucun progrès. Il y a là des amis, des familles, des bergers, le poète Diran Mélikian, Atom Papazian le joaillier, Vahan le révolutionnaire. Ils assistent à la montée de la haine et de l'intolérance. Certains prient, d'autres prennent les armes et combattent. La mort frappera la plupart, l'exil sera le lot de certains. C'est toute la puissance du roman de Daniel Arsand de réinventer une ville et d'évoquer le destin d'un peuple. Un roman splendide et déchirant.
Les souvenirs, de David Foenkinos
Quel plus beau sujet pour un livre que l’amour porté à ses proches? David Foenkinos raconte:
la mort du grand père, le désemparement de la grand-mère, le père qui n’a jamais très bien assumé son rôle (ni de père ni de fils), la mère qui ne sait plus vraiment quoi faire de ses jours une fois la retraite arrivée, et puis la rencontre avec l’amour, enfin.
Encore tout jeune et désireux de réunir toutes les conditions nécessaires pour "faire" artiste, David Foenkinos prend un emploi de réceptionniste de nuit dans un hôtel parisien, et rêve de longues nuits blanches penché sur la page. Finalement ce sont les client(e)s qui occuperont ses pensées, jusqu’au jour où la fugue organisée de sa grand-mère remettra tout son équilibre en question. Bien des années plus tard, la vie lui aura offert assez d’aventures et d'amertume pour qu’il devienne le romancier talentueux que l’on connaît : qu’il s’agisse de personnages de fiction ou de sa famille, on est séduit par les petits détails qui magnifient leur quotidien.
Tout aussi enchanteur que La délicatesse, son précédent roman, Les souvenirs est un livre qui touche par sa justesse dans l’évocation des sentiments, alliant romantisme, humour et naïveté à la perfection.
Le pacte des vierges,
de Vanessa Schneider
Ce livre, c’est l’histoire vraie de 17 adolescentes qui se retrouvent enceintes dans le même lycée, au même moment.
Hasard ? Préméditation ?
Vanessa Schneider va tenter d’élucider ce mystère. Le pacte des vierges se construit par une série d’entretiens croisés, où la parole est donnée aux adolescentes. Les jeunes filles parlent de tout et de rien en toute liberté puis finissent par se livrer… sans s’en rendre compte.
On découvre ainsi Lana, dans son rôle de chef de bande, Kylie sur sa planète people, Cindy et son histoire d’amour, Sue dans sa famille de bons chrétiens… Avec le dévoilement de leurs personnalités propres, on entrevoit, entre les lignes, les secrets qu’elles voulaient pourtant conserver « à la vie, à la mort ». L’auteur nous entraîne alors dans un portrait de notre société qui fait froid dans le dos.
L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni
« J'allais mal; tout va mal; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue. »
Veuf, de Jean-Louis Fournier
Grand ami de Desproges, Jean-Louis Fournier trouve toujours le ton juste et emploie l’humour pour les situations les plus tristes. Après nous avoir conté avec drôlerie la difficulté d’être père d’enfants handicapés, c’est avec la même ironie qu’il nous parle aujourd’hui de la mort de sa femme. Elle qui était tout, lui qui voulait partir le premier, tout ça se résume sur la 4e de couverture par « cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble ». Et c’est bien ça qui manque : les petits riens, le quotidien… Ce livre est une grande déclaration d'amour, de celles que l'on fait un peu trop tard sûrement, mais qui rendent hommage au bonheur partagé et disparu.
L'appât, de José Carlos Somoza
Et si toutes les clefs du fonctionnement de l’être humain se trouvaient dans l’œuvre de Shakespeare ? C’est en tout cas ce qu’en concluent l’Europe et l’Espagne après les attentats du 9 novembre, qui donnent suite à une restructuration totale de la société et du système judiciaire. Pour poursuivre les « psychopathes » et punir leur crime, on a désormais recours au plus puissant des appâts : les femmes. Mais Diana Blanco, la meilleure d’entre elle, se retrouve dans une position bien inconfortable quand elle découvre que la future victime à sauver n’est autre que sa sœur…
Entre polar, roman d’anticipation et théâtre (le livre est divisé en actes), le roman de Somoza est une merveille littéraire !
Limonov, d'Emmanuel Carrère
« Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »
Rien ne s'oppose à la nuit,
de Delphine de Vigan
« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »
Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.
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